#page-container { overflow:hidden; }

Mon camp d’entraînement mental

Camp entrainement

Partie 1: Le contexte

C’était la dernière semaine d’avril 2017. Wanda, ma femme, et moi revenions d’une semaine en République Dominicaine pour le mariage de nos amis. Nous avons passé une semaine merveilleuse dans un superbe hôtel avec un temps superbe et entourés de gens que nous aimions. C’était un bon moyen de se ressourcer après un gros hiver. Je me sentais bien! Au moins c’est ce que j’aurais répondu honnêtement si quelqu’un m’avait demandé quand je suis descendu de l’avion.

Il y avait cependant une “chose” qui me trottait dans la tête, mais j’espérais que les choses tourneraient. En décembre 2016, après une année de négociations, mes partenaires et moi avons conclu l’accord qui nous permettrait de vendre notre entreprise à un holding international. Bien que nous ne soyons plus propriétaires de l’entreprise, nous restons au sein de l’entreprise pendant plusieurs années.

Sans divulguer les détails de l’entente, disons simplement qu’il y avait une forte incitation à atteindre ou à dépasser nos objectifs financiers au cours de la première année de l’entente, qui était pour nous en 2017.

La division que je dirige avait eu des performances incroyables au cours des trois dernières années, et nous étions prêts pour une autre grande année en 2017. Nos chiffres de janvier étaient bons. Puis février est arrivé et ce n’était pas bon. Eh bien, « shit happens » comme on dit en italien! Puis Mars est arrivé: encore pire! Hmmm …

Quelques jours après notre retour de la République Dominicaine, nous allions recevoir les résultats d’avril. Vous pensiez que les résultats de mars étaient mauvais? Non seulement les chiffres d’avril étaient vraiment mauvais, mais maintenant, le mois de mai n’était pas bien parti.

Petit commentaire rapide: Les résultats financiers ne sont pas magiques, et si vous avez quatre mauvais mois consécutifs et qu’ils arrivent comme une surprise totale, vous n’êtes clairement pas au top des choses. Donc, dire que ça a été une surprise pour moi ne serait pas la vérité. Avec le recul, j’espérais juste que les choses iraient mieux. Comme nous le savons tous, l’espoir n’est pas une très bonne stratégie commerciale.

Nous étions donc là au début du mois de mai, loin derrière les objectifs, sachant que je ne pouvais absolument rien faire pour combler le déficit de notre budget annuel, l’écart étant maintenant beaucoup trop grand. Même atteindre notre objectif pour la deuxième moitié de l’année devenait maintenant un « long shot ».

Partie 2: La voix

Comment ai-je pu laisser cela se passé? Pourquoi je n’étais pas plus proactif? Est-ce que je suis en train de perdre ma touche? Qu’est-ce qui se passe? Nous avions eu tellement de succès et maintenant je l’avais complètement échappé. Bye bye belle incitation financière! En fait, je pourrais gérer le fait que je n’allais rien avoir. Après tout, je me disais, je ne méritais rien parce que j’étais responsable de cette catastrophe. Mais mes partenaires eux? Ils ont travaillé très dur et méritaient leur paiement. Maintenant ça n’allait pas arriver à cause de moi. Ils m’avaient fait confiance et j’avais échoué. Et c’est ça la partie qui me rongeait.

Je veux juste être très clair ici: jamais aucun de mes associés ne m’a dit de régler la situation ou ne m’a fait sentir responsable de ce qui se passait. Au contraire, ils disaient des choses comme: “Fais-toi en pas! Si ce n’était pas pour toi ou ton équipe, nous n’aurions même jamais pu recevoir une offre. On est une équipe, on gagne en équipe et on perd en équipe “.

Mais je n’arrivais pas à comprendre le message. En fait, ça n’avait pas d’importance. La seule voix que j’entendais était la voix dans ma tête qui me disait que j’avais échoué et que je laissais tomber mes associés. Nous connaissons tous cette voix, n’est-ce pas? C’est celle qui fait des petites remarques sarcastiques comme: “Shit!” quand tu brises un verre ou “Come on!” Quand tu manques un coup au golf ou la voix qui te fait dire: “Je n’ai jamais été bon en maths” ou “Je ne pourrais pas être créatif pour sauver ma vie”. Nous avons tous cette voix intérieure, et c’est normal. Jusqu’à ce que…

Ma voix a commencé à me réveiller au milieu de la nuit et ne me permettait pas de me rendormir. C’était une championne à imaginer des catastrophes: Que vas-tu faire? Qu’est-ce qui va se passer maintenant? Tu les as laissés tomber et ils ne vont plus jamais te faire confiance. Qui pourrait les blâmer? Si j’étais à leur place, je ne voudrais pas de partenaire comme toi! Et maintenant que tu n’obtiendras pas ce paiement, je ne suis pas sûr que tu vas être OK au niveau financier. En fait, je pense que tu as de gros problèmes. Et s’ils te mettent dehors de l’entreprise, que vas-tu faire? Tu ne seras jamais capable de trouver un autre travail! Tu vieillis et maintenant tu es « brisé »! Et ainsi de suite, non stop.

Cela a duré des jours et des semaines. Avec chaque jour qui passait, je devenais de plus en plus anxieux, et parce que je ne dormais pas, je devenais plus faible. Je devenais de moins en moins productif au travail. Cela a nourri mon anxiété encore plus loin, et la spirale descendante s’est accélérée. Les gens autour de moi remarquaient ma transformation négative. Je mangeais à peine et je perdais du poids plus vite que les concurrents sur The Biggest Loser. C’était « logique »  parce que de toute façon j’étais devenu un « Big Loser ».

Finalement, j’étais maintenant démasqué. Toutes ces années à être un homme d’affaires prospère étaient basées sur la pure chance. Cette chance était maintenant terminée.

Partie 3: La chute

Nous étions maintenant à la mi-juin et comme Paul McCartney a écrit: « I’m not half the man I used to be ». Je passais des journées entières au bureau à regarder mon écran d’ordinateur, et j’étais totalement inutile. Après avoir parlé avec mon patron et partenaire d’affaires Marc, nous avons décidé que ce serait bon pour moi de prendre un peu de temps libre pour me vider la tête. J’irais à une dernière réunion à Vancouver, après quoi je resterai à la maison pendant un certain temps. J’avais peur d’aller à Vancouver. J’étais inquiet que j’allais me perdre et que je ne serais même pas capable de trouver mon chemin vers l’hôtel. Je ne voulais pas monter dans l’avion. Pour la réunion, ma tâche consistait à modérer une séance de discussion avec un client, ce qui était normalement quelque chose que je pouvais faire les yeux fermés et un bras attaché derrière mon dos. Mais maintenant, juste y penser me terrifiait. Le vol vers Vancouver est devenu les six plus longues heures de ma vie. Je ne sais toujours pas comment j’ai fait pour passer à travers ce voyage.

À mon retour, j’ai été soulagé de me trouver chez moi et de pouvoir me «détendre» quelques jours. Me détendre? Je ne savais même plus ce que ça voulait dire. De plus, j’étais devenu insomniaque. J’étais misérable à la maison. Il n’y avait plus rien que j’aimais. Je ne voulais pas lire ou même regarder la télévision. Je détestais être dehors. J’étais misérable parce que j’étais toujours avec moi-même. Où que j’aille, j’étais là!

La seule chose qui me permettait de rester sain pendant de courtes périodes était l’exercice. J’allais au gym faire du spinning, j’allais faire du vélo, faire du jogging, faire une promenade. Pendant que je faisais de l’exercice, j’avais l’impression que la douleur au fond de mon âme était plus supportable. La dépression fait mal, une vraie douleur. J’étais en dépression profonde. Je serais plus tard testé, et j’ai eu des scores très élevés. Diagnostic officiel : Dépression sévère.

Après cela, ma situation mentale a continué à se détériorer rapidement. Non seulement je croyais être le responsable de la mauvaise performance de l’entreprise, mais maintenant j’abdiquais. J’avais vraiment l’impression d’abandonner mes partenaires. Je suis alors devenu obsédé par l’idée de retourner au travail. Après deux semaines de «pause», je suis revenu travailler à mi-temps. Cela m’a procuré un soulagement temporaire, sachant que j’étais de retour et que je n’étais plus en congé de maladie.

J’ai passé les mois de juillet et août à être un zombie dans mon bureau, incapable de me concentrer sur quoi que ce soit et incapable de mener à bien la tâche la plus simple. Parfois, je quittais mon bureau et prenais de longues marches dans le Vieux-Montréal. Je me promenais sans but. Parfois, une de mes partenaires, Valya, ou ma collègue, Lynne, venait me trouver et marchait avec moi. “Christian, tu as besoin de rentrer à la maison” ou “Tu es en train de te faire mourir! Que vas-tu faire pour régler ça et aller mieux? » Disaient-elles. Parfois, elles marchaient simplement avec moi et ne disaient rien.

En août, Wanda, Maxime, mon plus jeune fils, et moi avons passé quelques jours au chalet d’une cousine de Wanda. Ça été un bon séjour et ça m’a aidé, mais pas assez. Nous avons également pris quatre jours plus tard ce mois-là pour aller à New York. Wanda pensait que New York serait une bonne distraction et aiderait à changer d’humeur. Nous avons séjourné dans un hôtel à Times Square … En y repensant, je ne pense pas que Times Square était le meilleur endroit pour quelqu’un dont les nerfs sont à fleur de peau! C’était un peu comme mettre un couteau dans une prise électrique avec les deux pieds dans la piscine … Pauvre Wanda. Elle avait dû me voir dépérir depuis maintenant plusieurs mois mais ne savait pas comment m’aider à me sortir de cet état. Maintenant, j’y pense avec un grand sourire sur mon visage et dans mon cœur, mais nous n’étions certainement pas en train de rire à ce moment là … Après mon retour de New York, j’ai continué à travailler deux semaines de plus.

Le vendredi 8 septembre, nous avons eu une réunion des partenaires. A la fin de la réunion, Marc m’a demandé de rester quelques minutes. Il a dit: “Ok, maintenant, il n’y a pas de patron, pas de partenaire, juste moi, ton ami de plus de 25 ans, et je suis vraiment inquiet pour toi. J’ai peur de devoir te dire de paqueter tes affaires, de rentrer chez toi et de trouver un moyen de te remettre sur pied. Tu dois déconnecter complètement de cet endroit, arrêter de penser à nous et te soigner. Prend tout le temps dont tu as besoin et ne t’inquiètes pas, nous nous occupons de tout ici. Nous sommes une équipe solide et nous allons gérer “. Je l’ai regardé, je me suis mis à pleurer et j’ai juste dit: “Je pense que tu as raison”. J’ai emballé mes affaires et je suis rentré à la maison. La seule chose que j’ai dite à Marc avant mon départ était que je ne voulais pas garder ma situation secrète. Je voulais que les gens sachent que je souffrais d’épuisement professionnel et que j’avais besoin de prendre congé. C’est l’une des meilleures décisions que nous ayons prises à travers ce processus: être transparent et authentique.

Partie 4: Le fond

J’étais maintenant de retour à la maison, sachant que je ne retournerais pas au travail de sitôt. Je me suis senti soulagé parce que je n’aurais pas à passer mes journées à prétendre que je travaillais et à faire comme si j’étais occupé.

Les premiers jours de congé ont été éprouvants car après être sorti du lit (je reviendrai à la sortie du lit plus tard), je déjeunais, si j’avais faim, prenais une douche (la plupart du temps), et puis c’était fini. Je n’avais aucun plan. Rien. Nada.

Après quelques jours de « coaching » de Wanda, je me suis inscrit au gym près de chez moi et à un studio de yoga. J’ai décidé que je ferais de l’exercice tôt le matin et j’assisterais à un cours de yoga dans l’après-midi. Au moins, j’aurais une motivation pour me lever.

Le premier défi était de sortir du lit. La dépression était douloureuse et était la première chose que je ressentais quand je me réveillais. C’est une chose difficile à expliquer, et j’ai même eu du mal à identifier les symptômes physiques à mon médecin. J’ai encore de la difficulté aujourd’hui à trouver les bons mots pour l’expliquer, mais c’était une vraie douleur physique que je ressentais, quelque part au milieu de mon corps, juste à côté de mon cœur. Ce n’était pas une douleur aigüe, mais plutôt une douleur lourde, qui me faisait sentir anxieux et me donnait la nausée en même temps. Je ne voulais pas sortir du lit mais je ne pouvais pas rester au lit. Parfois, je me levais, je descendais les escaliers et je m’allongeais sur le divan avec la télé allumée, ne prêtant pas vraiment attention à ce qui se passait. À un moment donné, parfois à 7h30, parfois à 9h00, parfois à 10h30, je me roulais littéralement en bas du divan, m’habillais et me rendais au gym. Là, je faisais du spinning, je ramais, courrais ou faisais des escaliers pendant au moins une heure. L’exercice engourdissait la douleur et « l’anesthésie » durait quelques heures. Ensuite, je rentrais à la maison, et essayais de manger un peu. Lorsque je suis revenu de la République Dominicaine, je pesais 189 lbs. ce qui pour moi était d’environ 10 livres. Au dessus de mon poids idéal. À la fin du mois de septembre, je ne pesais plus que 159 livres … Chaque fois que je me regardais dans le miroir, je voyais mon regard sans vie, mon visage affaissé et ma cage thoracique au travers la peau. Tous mes vêtements étaient maintenant trop grands pour moi alors je ne savais jamais quoi porter. L’idée d’aller magasiner pour acheter de nouveaux vêtements était impensable.

Pendant le pire de ma dépression, le concept du temps avait changé. Les minutes étaient plus longues, les heures duraient pour toujours et les jours semblaient infinis. Le seul moment que j’attendais avec impatience était l’heure du coucher, parce que je prenais un médicament pour contrôler mon anxiété, et cela m’endormait. Il y avait une petite fenêtre de temps entre le moment où je prenais ces médicaments et le moment où je m’endormais pendant lequel la douleur s’évaporait et que je me sentais plus «normal».

J’aimais cette pause de la douleur, mais je détestais l’idée de savoir que je me réveillerais le lendemain matin en me sentant horrible à nouveau. J’espérais toujours que quelque chose de magique se produirait et que peut-être le lendemain “ça” serait disparu. Le lendemain, je me réveillais, entre 4 heures et 6 heures du matin, je me demandais pendant une demi-seconde si «ça» était toujours là, puis mes roues dans ma tête commençaient à tourner et la douleur lourde insoutenable revenait. Peu importe l’heure ou le moment où je m’étais couché, il n’y avait aucune façon de m’endormir à nouveau. Pour ajouter à cela, j’étais complètement incapable de faire une sieste pendant la journée, peu importe à quel point j’étais épuisé.

Partie 5: La guérison

À la fin du mois de mai, après une conversation avec mon médecin, j’avais commencé à prendre des antidépresseurs. Nous pensions tous les deux que c’était une bonne façon d’arrêter la chute, et j’avais eu du succès avec les antidépresseurs quand j’avais eu des difficultés lors de mon divorce dix-sept ans auparavant. Logiquement, je suis retourné au même antidépresseur, tout en sachant que je devrais titrer le dosage sur une période de quelques semaines. Puisque que j’avais bien répondu à ce médicament en 2000, je pensais qu’il y avait de bonnes chances que ça fonctionne. Malheureusement pas…

Après avoir augmenté la dose et attendu deux semaines de plus, nous en sommes arrivés à la conclusion que malheureusement, ce médicament ne fonctionnerait pas pour moi cette fois-ci. Donc, prochain médicament avec un processus similaire: initier le nouveau médicament, attendez 10 à 14 jours, si cela ne fonctionne pas, augmenter la dose, attendre encore un autre10-14 jours, si cela ne fonctionne pas augmenter une dernière fois. Cela n’a pas fonctionné non plus, donc go avec le médicament numéro trois. Après le troisième dosage du troisième médicament, j’ai finalement commencé à me sentir mieux, alors j’ai décidé de maintenir le cap! En passant, mon médecin était très proactif et agressif (dans le bon sens), de sorte qu’en dépit de l’échec des deux premiers médicaments, j’ai pu ressentir un soulagement relativement rapidement. Il est important de savoir que si vous allez prendre des médicaments, vous devez être patient et compliant! Si vous êtes pour abandonner après 5 jours à cause des effets secondaires, oubliez ça ! Bien qu’ils soient transitoires, il faut s’attendre à avoir des effets secondaires au début. Ça fait partie de la « game ».

Maintenant, bien que je crois que les médicaments sont une partie importante de la thérapie, ce n’est en aucun cas la seule composante.

Pendant l’été, j’avais demandé à un ami psychologue de me référer à un collègue. Grâce à lui, j’ai trouvé quelqu’un du nom de Jean-Marc.

Pour être honnête, lors de mes premières visites avec lui, je n’étais pas convaincus que ça allait marcher pour moi. Jean-Marc est un spécialiste de la thérapie cognitivo-comportementale (TCC). La TCC utilise des exercices qui aident à « recâbler » votre cerveau. Cela aide à changer votre conversation interne, à changer cette petite voix critique et négative tout le temps, à une voix encourageante et positive. Au début, je faisais les exercices, même si je ne croyais pas que cela m’aiderait. J’étais convaincu que j’étais bien au-delà du point où ce type de thérapie pouvait restaurer ma santé mentale.

Au cours d’une de mes conversations avec Jean-Marc, je lui ai dit que j’étais convaincu à 100% que d’ici 12 à 18 mois, je finirais comme sans-abri dans au Carré Viger, un quartier de Montréal où vivent des sans-abri. Quand il m’a demandé pourquoi je pensais cela, je lui ai expliqué que je savais que je ne serais pas capable de retourner au travail ou si je le faisais, je m’effondrerais à nouveau et serais renvoyé. Après cela, personne ne voudrait m’engager et cela finirait par me causer de sérieux problèmes financiers. À un moment donné, ma femme en aurait assez et elle me laisserait, partant avec mon plus jeune fils pour se sauver elle-même et sauver mon garçon. J’étais également convaincu que mes autres enfants Vincent, Caroline et Marco, qui sont tous de jeunes adultes, auraient leur propre vie et ne voudraient rien avoir à faire avec leur père « loser ». Je serais donc sans emploi, ruiné financièrement et sans famille. J’étais donc destiné à devenir un sans-abri.

Pour le moins qu’on puisse dire, Jean-Marc avait une perspective très différente sur la situation. D’une manière très professionnelle, respectueuse mais un peu humoristique, il a dit: «Si je pouvais prendre tout l’argent que je possède, hypothéquer ma maison et utiliser les fonds pour l’éducation de mes enfants, je serais prêt à parier que tout ça ne va pas t’arriver!”. Il a ajouté: “Je ne dis pas que le scénario que tu me décris n’arrive jamais. Je dis juste que ça ne t’arrivera jamais. Tu n’as tout simplement pas le profil “.

Un conseil judicieux que j’ai reçu de Jean-Marc a été de minimiser mon exposition aux choses négatives. J’étais un grand accro des nouvelles et aimais rester au courant de ce qui se passait dans le monde. La réalité est que l’industrie de l’information se nourrit de la communication d’informations négatives et choquantes. Les associations psychiatriques du monde entier recommandent maintenant aux gens qui se sentent moroses de minimiser le temps passé à regarder les nouvelles ou d’arrêter complètement de les regarder.

Finalement, comme l’avait dit Jean-Marc lors de mes premières séances, ma petite voix a tranquillement commencé à changer d’attitude et est devenue lentement moins négative. Petit à petit, j’ai commencé à me sentir mieux. Était-ce le temps? Était-ce la médication? Tout cet exercice commençait-il à avoir un effet positif? La TCC avait-il finalement un impact sur ma façon de me sentir?

Le dernier élément, mais non le moindre, de mon rétablissement était mon très fort réseau de soutien. Ma femme Wanda était au cœur de ce réseau. Sans son soutien incessant et inébranlable, ma dépression aurait pu durer beaucoup plus longtemps. Mes quatre enfants qui sont mon plus grand trésor m’ont donné leur amour inconditionnel, et chacun d’eux m’a soutenu à sa façon. Ma mère, qui est une force de la nature et le modèle le plus extraordinaire sur la façon de vieillir avec élégance et beauté, m’a donné de l’énergie juste en étant elle-même. Ma sœur et son mari étaient ma ligne de sauvetage dans les heures les plus sombres.

Puis il y avait mes amis proches Dan et Charles qui m’ont emmené déjeuner ou diner même quand je ne voulais pas manger et qui m’appelait pour savoir comment j’étais. Ils ont continué à me dire que les choses allaient tourner et que j’irais bien. Mon ami et ex-collègue KMO qui était dévasté de voir son “Veep” dans les limbes, m’appelait constamment et m’emmenait faire de longues sorties en vélo. Même s’il ne savait pas toujours quoi dire, il voulait être là. Mon ancien patron Allen qui travaillait avec moi sur un mandat quand j’ai commencé ma chute, a ramassé toutes les balles que je laissais tomber sans que personne ne remarque que je n’étais pas capable de faire le travail.

Mon ami et coach des quinze dernières années, Mike Lipkin, qui avait lui-même vécu une grave dépression vingt ans avant moi, a commencé à m’appeler chaque semaine, où qu’il soit sur la planète. Mike est un conférencier motivateur et un coach. Il a travaillé avec des milliers de personnes partout dans le monde, mais même Mike admet qu’il a utilisé tous les trucs dans son sac, tous les outils de motivation qu’il connaissait pour me s’assurer que je « survive » entre deux appels. Parfois, je voyais son nom sur mon téléphone lorsqu’il appelait et je n’avais pas l’énergie de parler, mais je me forçais à répondre. J’aurais raccroché sur moi-même, mais Mike lui ne m’a jamais abandonné. Dans les moments difficiles, il disait des choses comme: «Maintenant, il ne s’agit plus de livrer les chiffres, de te montrer à ton meilleur, ou même de te montrer. Là, c’est la façon dont tu passeras à travers la journée. Ne t’inquiètes pas pour demain, concentre-toi sur aujourd’hui. Juste passer au travers aujourd’hui “. Maintenant, lui et moi sommes étonnés de voir à quel point je suis tombé, mais, de façon plus importante encore, à quel point j’ai rebondi.

Voilà donc tous les éléments qui m’ont aidé à sortir du trou dans lequel je m’étais enfoncé. Je ne savais pas à ce moment et je ne peux toujours pas aujourd’hui dire avec certitude lequel de ces éléments a été responsable de mon rétablissement progressif. Mais je m’en fous. Ils ont tous joué un rôle et font maintenant tous partie de ce que j’appelle «Ma recette». Je suis convaincu que si j’applique cette recette de façon diligente, si je suis discipliné dans son application, les probabilités de rechute sont faibles. Pas nulles, mais je sais que j’aurai mis les chances en ma faveur.

Il est important de noter que Ma recette est ma recette, et qu’elle peut très bien être différente des autres dans une situation semblable. À chacun sa recette, mais voici les éléments de la mienne:

  • Être compliant à mes médicaments
  • Être physiquement actif, 5 ou 6 fois par semaine
  • Écrire à tous les soirs 4 ou 5 choses dont je suis reconnaissant
  • Mettre en application mes techniques d’hygiène du sommeil
  • Pratiquer la pleine conscience
  • Lire des livres positifs et regarder des séries ou des films positifs
  • Constamment nourrir mon réseau de soutien
  • Avoir des conversations constructives qui m’aide à sortir de ma tête

Partie 6: Le retour

J’ai mentionné plus tôt que j’avais pris la décision tôt dans cette aventure que je voulais être authentique et transparent à travers ce processus. Maintenant qu’il était temps de retourner au travail, j’étais un peu anxieux de rencontrer mes collègues et de m’attaquer  « l’épouventail » qui existe au retour au travail suite à une dépression. Je voulais y remédier rapidement et éviter la gêne qui peut se produire lorsque les gens ne savent pas comment ils doivent réagir.

Après avoir avisé mes partenaires de mon plan de retour, j’ai regroupé mon équipe (40 personnes) autour du divan près de notre lobby. J’ai dit à tout le monde que j’étais heureux d’être de retour et que je ne voulais pas avoir de secrets. J’ai déclaré: «Je pourrais être debout ici et vous dire que je reviens après des traitements de chimiothérapie pour combattre le cancer ou que j’ai subi une arthroplastie du genou, mais ce n’est pas ce qui m’est arrivé. J’ai vécu un épuisement professionnel, j’ai fait une dépression nerveuse. Les derniers mois ont été très difficiles pour ma famille et moi. Mais maintenant je suis de retour et je me sens mieux que jamais. Je vais vous épargner les détails de mon périple, mais si quelqu’un est intéressé à en savoir davantage, je serais heureux de le faire. Venez me voir, ou réservez un peu de temps avec moi et je répondrai à toutes les questions que vous pourriez avoir “.

C’est tout! L’épouvantail était parti, il n’y avait aucun malaise et à la fin de la journée c’était comme si je n’étais jamais parti.

Épilogue

Nous sommes maintenant à la mi-janvier, et ça fait deux mois que je suis de retour au travail. Je colle à ma recette avec une discipline que je n’ai jamais su que j’avais. Je suis dans une forme extraordinaire, autant physique que mentale. En fait, je ne me suis pas senti aussi bien depuis des années. Quand je regarde ma chute, je ne la vois pas du tout comme quelque chose de négatif. Au cours de cette période, j’ai consulté deux fois un psychiatre pour valider le plan de médication que mon médecin et moi avions mis en place. Ce psychiatre était un homme très chaleureux et empathique. Lors de ma première visite, il m’a dit: «Vous savez monsieur, vous avez beaucoup de chance de faire une dépression». Il a ajouté: “Peu de gens ont la chance de faire une pause significative à votre âge, et d’évaluer où ils sont et qui ils sont”. Je dois dire qu’à ce moment je ne comprenais pas vraiment ce qu’il voulait dire, mais aujourd’hui je comprends exactement ce qu’il avait voulu me dire.

La meilleure façon pour moi d’expliquer mon expérience est par analogie. Imaginez que vous vous laissiez aller pendant quelques années, que vous ayez cessé de faire de l’exercice et que vous ayez pris 100 livres. Puis, un jour, vous vous réveillez et décidez de vous inscrire à un sérieux Boot Camp. Un programme de retraite fermée de 2 mois  comme l’émission “Biggest Loser”. Si je vous rendais visite au 20ième jour et que je vous trouvais au milieu d’une salle de gym faisant 100 push-ups (et l’envie de vomir), après une randonnée en montagne de 10 kilomètres et deux heures de piscine, vous me diriez probablement que vous êtes misérable, et me demanderiez de vous sortir de là, que vous n’en pouvez plus et que vous lâchez! Mais si vous vous rendiez au bout des deux mois, que vous perdiez 115 livres, et atteigniez la meilleure forme de votre vie, vous verriez ce Boot Camp comme une expérience extrêmement positive. Bien sûr, vous vous souviendrez de tous les moments où vous vouliez sortir et de tous les exercices que vous avez détestés, mais ce serait quand même une expérience incroyable.

Eh bien, c’est ainsi que je vois ma dépression aujourd’hui. C’était extrêmement douloureux lorsque je l’ai traversé, mais cela m’a aidé à devenir une personne plus forte, plus heureuse et en meilleure santé. Quand je regarde en arrière, je vois mon Boot Camp Mental comme une opportunité extraordinaire qui m’a permis de devenir Christian Roy 2.0. J’espère ne jamais devoir repasser par là, mais j’ai la chance d’avoir traversé cette épreuve et d’en ressortir grandi.

En passant, l’entreprise est en plein essor. Nous avons un début d’année 2018 extraordinaire. Je pense sincèrement que 2018 pourrait être l’une de nos meilleures années. Malgré tout ce qui nous attend, je sais que nous pouvons relever les défis ensemble.

La fin…ou peut-être est-ce simplement « Le nouveau début »

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *